Article initialement publié dans LeProgres.fr
Entre l’automne 2025 et l’été 2026, un homme s’en était pris à plusieurs reprises à une femme avec qui il entretenait une relation extraconjugale. Frappée, humiliée, insultée par messages, la victime a décrit une véritable relation d’emprise et des violences physiques. À l’audience, le prévenu a minimisé sa responsabilité.
C’est un médecin des urgences qui avait permis d’alerter la justice, fin mai 2026. Une femme s’était présentée pour une infection, mais il n’avait pu que constater les nombreuses marques qu’elle portait sur tout le corps. Des hématomes de 15 à 20 cm.
Entendue par la police, elle avait raconté comment sa relation entamée un an plus tôt avec un homme marié, travaillant dans la même entreprise qu’elle, avait dérapé. Jaloux, la harcelant sur ses relations passées, il l’humiliait régulièrement. Les SMS envoyés depuis l’automne 2025 étaient plus orduriers les uns que les autres. Pourtant, de manière assez classique en matière de violences conjugales, elle était retournée vers lui et avait même rédigé une lettre dressant de lui un portrait flatteur.
Une scène d’humiliation
Mais les violences avaient continué. Fin juin 2026, elle avait eu le tee-shirt déchiré et la tête plongée dans un abreuvoir devant sa maison. L’homme l’avait aussi obligée à s’agenouiller et l’avait aspergée du contenu de plusieurs dizaines de bouteilles, notamment de vin, de sauce ou de lait. Une scène d’humiliation ahurissante, fixée sur des images vidéo, et à laquelle avait assisté la toute jeune fille de la victime.
Un mois plus tard, en pleine nuit, elle avait fui en voiture pour rejoindre son frère dans le Sud-Ouest après une nouvelle série de violences. Mise dehors de la voiture de son compagnon après une soirée, elle avait été rouée de coups de poing et coups de pied, tirée par les cheveux et poussée dans les ronces. Cette fois, c’est son frère qui avait alerté par courrier le parquet de Bourg-en-Bresse et l’homme avait été placé en détention provisoire le 28 août.
Le 12 octobre, cet homme de 46 ans a été jugé en comparution immédiate. Employé dans une entreprise de plasturgie, délégué syndical et conseiller prud’homal, l’homme présente bien et parle posément dans le box des prévenus. Il veut à tout prix exposer « le contexte » d’une « relation toxique ». À l’entendre, son ancienne maîtresse serait une mythomane, suggérant même qu’elle avait des pratiques sadomasochistes.
« Des SMS indignes de moi »
Elle serait « tombée toute seule », la nuit où il l’avait sortie de sa voiture. Quant à la scène d’humiliation à genoux, c’est elle qui se serait « versé » l’essentiel du contenu des bouteilles. « Je l’ai vue plusieurs fois se frapper elle-même, mais je n’en ai jamais parlé à personne », avance même le prévenu. Il admet seulement : « J’ai envoyé des SMS indignes de moi. » Il ajoute enfin qu’il a été victime de violences de la part de sa maîtresse, sans avoir « osé en parler » à son entourage.
Visiblement atteinte, la victime confirme à la barre le climat de violences dans lequel elle a vécu et la peur que lui inspire encore cet ancien compagnon. « Les bras m’en tombent quand j’entends que ce monsieur se victimise », s’indigne alors Me Manon Vialle. « Avant, ma cliente était solaire, mais il l’a isolée totalement de ses proches. Et elle est terrifiée car il lui disait qu’il était membre d’une organisation secrète », ajoute l’avocate de la partie civile.
« L’archétype de l’emprise »
« Cet homme est l’archétype de l’emprise et du contrôle coercitif », estime la substitute du procureur. « Il va jusqu’à dire qu’elle se frappe elle-même et qu’elle le frappe. Il n’y a aucune remise en question chez lui et il est d’une dangerosité certaine. » Elle requiert trois ans de prison, dont un avec sursis.
Me Samuel Cornut, l’avocat de la défense, discute la notion d’emprise et dépeint une relation « de deux personnes qui souffrent et se sont détruites ».
La peine a été ramenée à deux ans de prison, dont la moitié avec sursis probatoire, avec maintien en détention.
Frédéric Boudouresque
