Article initialement publié dans LeProgres.fr
Jeudi 8 juin, la cour d’assises de l’Ain a condamné un homme accusé de viols incestueux et agressions sexuelles sur ses deux ex-belles-filles. Il avait également filmé un des viols sur la plus jeune et téléchargé plus de 150 000 images pédopornographiques.
L’œuvre de justice, surtout aux assises, est souvent douloureuse. Jeudi 8 juin, les jurés, ces citoyens tirés au sort, magistrats de quelques jours, ont dû affronter la vision de l’innommable pour se faire une idée de la gravité des faits jugés depuis la veille. Une vidéo tournée par l’accusé lui-même, dans l’intimité de sa chambre, où il forçait la plus jeune de ses belles-filles à subir ses « jeux » pervers. Elle était alors à l’école primaire. Et son bourreau lui avait fait jurer de « garder le secret » sur ces sévices sexuels endurés une bonne centaine de fois, car il « risquait d’aller en prison ».
L’accusé s’est qualifié de « monstre »
Entendu en début d’après-midi, cet homme de 42 ans n’a pas éludé sa responsabilité : « Je ne pourrais jamais me pardonner de leur avoir fait subir ça ». Lui-même n’avait pas levé les yeux sur les images abjectes projetées dans la salle d’audience, se qualifiant de « monstre », se disant « dégoûté aujourd’hui de voir ces images alors que je ne suis plus la même personne ».
Des images qu’il captait, filmant ses belles-filles sous la douche à l’aide d’une caméra dissimulée dans un chargeur électrique. Mais surtout, qu’il téléchargeait de manière compulsive, via le darknet, refuge des pédophiles et de toutes les activités illicites.
155 000 images pornographiques sur un disque dur
155 000 images avaient été retrouvées sur un disque de sauvegarde informatique. Le soir, il avait son « rituel », entre deux verres de whisky.
Le quadragénaire a tout reconnu lors de son procès, après avoir nié ou minimisé en garde à vue, et même avoir fait peser la responsabilité sur les victimes. Mais les parties civiles sont restées sur leur faim. « Il n’a pas eu un mot spontané pour ses victimes. Et ni elles, ni leurs parents n’auront entendu de réponses à leurs questions », a déploré Me Marie Audineau.
L’avocate a rappelé l’immense culpabilité qui ronge la mère des victimes. Celle de « n’avoir rien vu », de n’avoir pas cru sa fille aînée quand elle avait dénoncé les faits en 2020, et d’avoir enfin laissé entrer le loup dans la bergerie, « un homme sympathique et respectueux qui cachait un criminel sexuel ».
« Pas un mot pour le calvaire de ses victimes »
« Pour la fille aînée, c’était la double peine. Elle rentrait chez elle la peur au ventre et en plus elle n’a pas été crue », ajoutait Me Manon Vialle. « La dénonciation en 2020 a été classée sans suite. On comprend sa colère aujourd’hui. D’autant plus que, pour sa petite sœur, les faits ont continué jusqu’en 2021 et l’arrestation du beau-père pour la détention d’images pédophiles », rappelait Me Agnès Bloise.
La pénaliste bressane regrettait, à son tour, que l’accusé soit « passé à côté de son procès comme il est passé à côté de sa vie. Il n’a parlé que de lui, sans un mot pour le calvaire de ses victimes ».
L’avocate générale a requis seize années de réclusion
« Il avait même présenté la plus jeune comme une enfant en demande des agressions sexuelles », soulignait l’avocate générale. La magistrate du parquet constatait surtout qu’il « n’a pas analysé ses passages à l’acte ». Elle a donc requis seize ans de réclusion, « a minima », et un suivi sociojudiciaire de dix ans à sa sortie de prison.
« C’est un homme qui a profité de la faiblesse de ces jeunes filles, a utilisé son emprise sur elle pour les salir. Il était dans une routine de la pédocriminalité. Cependant, il les a aimées même si c’est difficile à entendre », plaidait Me Thomas Fourrey. « On lui reproche de ne s’être pas expliqué, mais il y a peu de dossiers de cette nature où les faits sont reconnus, et quoi qu’il dise, ce ne sera pas entendable. Même s’il a esquivé au début, il reconnaît tout. C’est quelqu’un qui adhère aux soins, qui ne se cache pas et a décidé de vivre avec sa honte », estimait l’avocat lyonnais.
Son client a écopé de treize années de réclusion criminelle et cinq ans de suivi sociojudiciaire. Un verdict tenant compte de la reconnaissance des faits, rare en la matière, et des soins entamés en prison, selon la présidente.
Frédéric BOUDOURESQUE
Note : Le nom de l’accusé n’est pas publié conformément à la loi protégeant l’identité des victimes mineures.
